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La finalité de la Création - Anthropologie

Par Michèle Juin

La finalité de la création culmine avec la mystique. C'est un aboutissement. Elle constitue le passage obligé pour tout homme, toute femme, qui tente de réaliser en lui, en elle, le dessein de Dieu sur l'humanité qu'Il a créée ; dessein qu'il nous a révélé comme étant réalisé dans le Christ Jésus. Il y a donc deux dons de Dieu à l'humanité. Premièrement, le don de la création de l'Univers physique dont l'existence de l'homme est le couronnement : il a donné la vie à des êtres. Deuxièmement, le don de la divinisation, les Pères de l’Église parlaient ainsi de notre divinisation comme du point d'accomplissement de toute vie humaine, dans une communion parfaite de nos personnes avec la Trinité sainte. Il s'agit de rendre sainte cette humanité à laquelle Dieu a d'abord donné une vie inachevée.

Ce sont ces deux étapes qui forment la trame de fond de toute l'œuvre de Claude Tresmontant et dont j'ai tenté de donner une forme assimilable par le plus grand nombre, sans l'appauvrir, dans mon livre : Le christianisme : une pensée puissante d'après Claude Tresmontant. Nous y découvrons son approche remarquablement rationnelle de part en part. Sa démarche s'inspire de celles des sciences. Pas d'approximations, pas d'hypothèses non fondées. Tout y est pensé à une rare profondeur.


Tresmontant nous parle de l'importance de l'information grandissante au long de la création cosmologique, physique, biologique, qui aboutit à la venue du Christ qui est l'information elle-même venue dans le monde. C'est un thème central si l'on veut bien comprendre son œuvre ; thème lui aussi inspiré par les sciences.


Comment Jésus apparaît-il comme le pivot de cette création que Dieu veut mener à son achèvement, car l'humanité a été créée inachevée ? Ici il se situe dans la continuité du travail de ce grand docteur du Moyen Age qu'a été Jean Duns Scot : dans le Christ, nature divine et nature humaine sont unies : et cette union de l’homme à Dieu est l’achèvement auquel nous sommes appelés.


Enfin il nous présente la mystique chrétienne comme une science. Il en démonte les mécanismes qu'il a dégagés en enquêtant sur les écrits des grands mystiques du passé. La mystique pour lui, ce ne sont pas de grandes extases, ni des phénomènes extraordinaires. Non, c'est une vie, la
vie mystique, et il montre comment Dieu y agit, comment il mène l'homme ou la femme, et les configure à notre finalité ultime. Il commence par nous faire prendre conscience de notre incapacité à y parvenir par nos propres forces, puis il nous communique les moyens pour y parvenir. Cela
appartient à l'ordre du spirituel, qu'il faut distinguer de l'ordre psychique (qui comprend le psychologique) dans lequel l'homme a d'abord été créé. C'est le lieu où l'Esprit Saint se communique à l'homme et augmente ses facultés, les dilate, pour le rendre divinisable. La mystique est la connaissance de l'être la plus profonde à laquelle l'homme puisse accéder, théorie que les mystiques ont tirée de leur vie. C'est « la science de l'avenir de l'homme » dira Tresmontant. Elle doit présider à la genèse de l’homme, sa transformation depuis qu'il est apparu jusqu'à son union à Dieu, pour qu'il atteigne l'étape ultime à laquelle il puisse parvenir.

Pour aller plus loin :
  • Claude Tresmontant, La Mystique chrétienne et l'avenir de l'homme, Seuil, 1977.

  • Michèle Juin, Le Christianisme : une pensée puissante 'd'après Claude Tresmontant, L'Harmattan, 2016.