- Le linceul de Turin, selon Claude Tresmontant -

Par Emmanuel Tresmontant

Le linceul de Turin, que certains Chrétiens fervents appellent aussi "saint suaire", occupe une place importante dans l'oeuvre et la pensée de Claude Tresmontant. Celui-ci préférait d'ailleurs le mot "linceul" (du grec sindôn qui traduit l'hébreu sadin : tunique de lin) au mot "suaire" qui, lui, vient du latin sudarium et qui désigne un grand mouchoir avec lequel on éponge la sueur du front. Comme cette toile de lin mesure 4,36 mètres de long sur 1,10 de large, ce n'est donc certes pas un mouchoir.


Claude Tresmontant avait lu tous les ouvrages scientifiques importants consacrés à cet objet archéologique et il possédait une photographie du visage de "l'homme du linceul" qu'il avait fixée sur la lampe de son bureau en sorte qu'il pouvait regarder et contempler ce visage à chaque fois qu'il se mettait au travail... Nous verrons plus loin que cette familiarité quotidienne avec ce visage lui a permis d'en découvrir une facette jusque-là inconnue et que, pour cette raison, Claude Tresmontant peut aussi être considéré comme l'un des meilleurs experts du linceul de Turin.

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« Soleil », peinture de Marie-Aimée

La première chose à dire est que mon père était un philosophe, et c'est à ce titre, avec son regard de philosophe, qu'il s'est intéressé au linceul. Pour lui, c'était un archétype : un concentré d'informations qu'il s'agit d'examiner avec les yeux de l'intelligence, sans préjugé ni a-priori. On ne part pas du préjugé selon lequel ce linceul est un faux (ce qui est le cas chez 99% des journalistes qui écrivent sur lui !) ni du préjugé selon lequel le linceul est vrai et authentique et qu'il a bien enveloppé le corps du Christ. Non, on analyse scientifiquement toutes les informations qui sont contenues dans cette toile de lin et on essaye d'en tirer les conséquences logiques. Par deux fois, en 1981 et en 1989, Claude Tresmontant a consacré un article au linceul de Turin (dans la Voix du Nord) en adoptant cette méthode. Mais la première fois qu'il fut amené à l'évoquer, c'est à la dernière page du Christ hébreu, paru en 1983 aux éditions OEIL dirigées par François-Xavier de Guibert (le manuscrit ayant été refusé par Desclée de Brouwer). La couverture du Christ hébreu représentait le visage de l'homme du linceul, et ce sera le cas pour toutes les traductions à venir des Evangiles et de l'Apocalypse : à chaque fois, le même visage, dans une couleur différente, vu en positif ou en négatif, ce qui, en soi, attestait la certitude de mon père quant à l'authenticité du linceul de Turin. Que disait-il donc en conclusion du Christ hébreu ? Ceci, qui me semble capital, et très troublant de surcroît, quand on sait que ce livre a été écrit d'un trait,  quasiment au même moment que le passage du linceul dans un analyseur d'images appelé VP8 par deux physiciens américains de la NASA. Cet appareil avait été conçu pour traiter les signaux optiques reçus par les ondes spatiales ; il permettait ainsi de restituer le relief des planètes photographiées en fonction des variations de luminosité. Les physiciens ont alors vu apparaître sur leur écran l'image en relief d'un homme flagellé et crucifié, d'un mètre 78, de type sémite, blessé au crâne par une couronne d'épines, sans jambes brisées, l'abdomen gonflé (signe d'asphyxie), blessé au côté droit par une pointe de lance (entre la cinquième et la sixième côte). Cette image en relief permettait aussi de voir quantité de détails que l'on n'avait pas vu avant, par exemple ceci : la présence sur les yeux de deux pièces de monnaies frappées sous le gouvernement de Pontius Pilatus conformément à la coutume juive, antérieure à la destruction de Jérusalem, qui consistait à mettre des pièces sur les yeux des morts pour maintenir leurs paupières fermées.
Le VP8 donnait donc à voir distinctement des choses qui étaient invisibles jusque-là, une mise en relief de milliers d'informations inscrites sur le linceul. Argument capital, en passant, contre les tenants du faux médiéval : comment un faussaire du Moyen-Age pouvait-il disposer d'une telle science et d'une telle technologie ? Et pourquoi aurait-il pris soin de maintenir invisible à l'oeil nu une image qui ne pouvait apparaître qu'avec l'invention du négatif photographique ? Quand on fait un faux, en général (par exemple un faux Van Gogh), c'est pour le montrer et en tirer profit, pas pour le dissimuler... Mais cette démonstration par l'absurde est toujours évacuée par les médias qui, ce faisant, prouvent qu'ils sont irrationnels. La force incroyable du linceul de Turin, comme le notait mon père, est qu'il nous oblige à raisonner logiquement et qu'il nous parle, il est le Signe par excellence : qui, avant lui, savait que les Romains crucifiaient les condamnés en plantant les clous dans les os des poignets et non dans les mains (comme le croyaient tous les peintres d'Occident et d'Orient) ? Il sépare ceux qui sont prêts à penser de manière rationnelle, de ceux qui, pour des raisons idéologiques, préfèrent occulter une vérité qui les dérange...
En guise de conclusion à son Christ hébreu, voici donc ce qu'écrivait mon père :
"A la fin du siècle dernier (le 28 mai 1898), un photographe amateur (Segundo Pia) a obtenu la permission de photographier la toile de lin qui était déposée à Turin. Lorsqu'il a effectué le développement de la plaque photographique et obtenu le négatif, il a vu, sur ce négatif, ce qu'on ne voyait pas aussi nettement sur la toile de lin elle-même, le visage d'un homme, et quel visage ! Lorsqu'on passe des traductions en langue française des saints Evangiles au texte grec à partir duquel ils sont traduits, c'est un premier dévoilement. Mais lorsqu'on parvient à retrouver sous le texte grec l'original hébreu des paroles du Seigneur, alors c'est le visage même de la parole du Seigneur qui devient discernable. Nous avons pris plusieurs fois cette analogie du visage, le visage de l'hébreu qui est discernable sous le texte grec. Quantité de contresens et de faux-sens disparaissent. On atteint la pensée du Seigneur directement, face à face, panim el panim. Le Seigneur en qui, comme l'écrit Paul aux Colossiens, sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance."

Passage magnifique et assez bouleversant qui démontre, à mon avis, qu'il s'est opéré au cours de ce travail d'écriture du Christ hébreu (qui est le récit en acte et vivant d'une découverte en train d'être faite : celle du texte hébreu primitif) une "seconde conversion" de Claude Tresmontant, ou plus exactement une rencontre personnelle avec le Christ qu'il appelle désormais "notre Seigneur". Il y a bien un avant et un après Christ hébreu.
Pour lui, l'analogie entre le texte des évangiles, qu'il faut dépouiller, nettoyer et révéler dans sa langue d'origine, et le linceul de Turin, qu'il faut aussi observer à la loupe, est une évidence. Son exclamation, "et quel visage !" m'a toujours impressionné, comme si ce visage avait quelque chose à nous dire, aujourd'hui !
En le regardant, depuis plus de 30 ans, je suis pour ma part certain qu'il s'agit bien du fils de Dieu, la "statue visible du Dieu invisible", car j'y discerne la puissance, c'est bien de sa bouche que sont sorties les paroles qui transforment l'humanité depuis 2000 ans comme un levain, mais mon avis importe peu ici. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce que mon père trouvait de passionnant dans le linceul de Turin, qu'il considérait du reste comme "le cinquième Evangile" (l'expression est du Cardinal Newman), par exemple, sur le fait qu'il était un objet quantique, la matière pouvant se transformer en lumière (c'est un rayonnement émis par le corps qui a brûlé les fibres du lin et formé l'image du corps en négatif).
Ou ceci, que les tenants de la théorie du faux médiéval se gardent bien de mettre en avant, à savoir que la projection de l'image du corps s'est faite de façon orthogonale : la toile était tendue, droite, à distance du corps, sans contact, faute de quoi il y aurait eu des plis et des déformations. Là encore, c'est une question physique insoluble dans l'état de nos connaissances : comment peut-on projeter l'image d'un corps en suspension sur une toile tendue ne reposant sur rien ?

La découverte faite par Claude Tresmontant a été faite sur la base du négatif visionné en relief par le VP8 de la NASA. Sur le front du visage, au niveau de l'arcade sourcilière gauche, il a discerné trois lettres hébraïques : iod, schin et aïn, qui sont le nom de Ieschoua en hébreu. En traduisant l'Apocalypse, mon père tombait dans la foulée sur ce texte fascinant que personne ne comprenait jusque-là : "sur sa tête plusieurs couronnes, sur lesquelles un nom est écrit que personne ne connaît si ce n'est lui-même, et il est revêtu d'un manteau trempé de sang et il est appelé son nom : la parole de Dieu." (Apocalypse, 19, 12)
L'auteur de l'Apocalypse savait donc il y a près de 2000 ans ce que nous venons à peine de découvrir sur le linceul de Turin...