Pairs

Sources et dialogues

Tresmontant a été marqué par trois grands maîtres : Bergson, Teilhard de Chardin, Blondel.


L’évolution créatrice pensée par Bergson invite Tresmontant à revenir sur le concept de néant pour l’interroger devant l’évolution du vivant. Si, de fait, il y a toujours quelque chose plutôt que rien, l’Univers est avant tout une histoire qui va s’achever d’après le phénomène irréversible de l’entropie (usure, ou évolution à l’envers : involution). De fait, nous observons ces deux mouvements antagonistes.

D’une part, une progression-évolution qui va toujours du plus simple au plus complexe et de manière accélérée. D’autre part, cette loi de la nature appelée Second Principe de la thermodynamique qui opère le mouvement inverse de régression, de retour à l’état le plus probable qui est la poussière, la dispersion. La présence simultanée de ces deux mouvements antagonistes constitue une véritable énigme. L’évolution est bien « créatrice » comme dit Bergson, dans la mesure où le temps mesure une « imprévisible nouveauté » où tout n’est pas joué d’avance, où tout est en cours de Création, maintenant. La question de Dieu est donc repensée à l’aune d’une Création à achever grâce à la coopération de l’homme avec l’être incréé. Cette participation de l’Homme et la Femme à la Création est une des originalités remarquables énoncées par les prophètes hébreux. En conséquence, et en analysant d’autres constats, le monothéisme hébreu peut désormais être identifié à un rationalisme intégral.

L’originalité de Tresmontant consiste à reprendre les analyses de Bergson en prolongeant la grande découverte de Teilhard de Chardin : l’Univers n’est pas cosmos mais cosmogenèse. En réalité, l’univers n’est pas clos sur lui-même, il se fait sans cesse et reste à faire : il est inachevé. De fait, l’univers n’est pas une « chose posée là » mais une série de choses qui sont en train d’être créées, les unes à partir des autres, petit à petit.


Devant cette histoire du vivant, Teilhard remarque que l’évolution de l’homme (anthropogenèse) continue l’évolution du vivant (biogenèse).

 

Toutes deux poursuivent l’évolution de l’Univers (la cosmogenèse) : « La croissance de l'information sur notre planète est couplée avec la croissance de l'entropie dans notre système solaire et dans l'Univers entier. » (Les métaphysiques principales, p.159). Si nous allons des monocellulaires jusqu’à l’homme capable de dire 'Je', c’est bien que l’évolution cosmique rend compte d’une œuvre de nature personnelle, selon Tresmontant.

La métaphysique de Teilhard se veut unitive : le terme du monde est l’unité réelle des êtres dans la diversité de leurs personnes. Le point dit 'Omega' désigne cette personnalisation visée, laquelle a pour axe le Christ Pantocrator, venu nous donner le dessein de toute la Création. L’ultra-humain renvoie non pas au mieux-être, mais au plus-être : l’accomplissement de la plénitude de l’Homme dans son être.

 

C’est cette logique de métamorphose qui a intéressé Maurice Blondel. Tresmontant le présente comme le plus grand des métaphysiciens chrétiens, pour avoir pensé la Création dans son ensemble. Comme un sondeur, le métaphysicien s’inscrit pleinement dans l’héritage de Blondel pour qui il s’agit de saisir l’information qui s’organise tant dans l’histoire du vivant que dans l’histoire de l’homme.


Il revient donc à Tresmontant d’avoir uni la phénoménologie de l’évolution de Teilhard et l’ontologie de la métamorphose de Blondel. Tresmontant a vraiment travaillé jusqu’au bout leur pensée de la croissance, au nom d’un réalisme vivant et intégral.

Jérémy-Marie Pichon

Pour aller plus loin :
  • Introduction à la pensée de Teilhard de Chardin, Paris, Seuil, 1956.

  • Maurice Blondel. Lucien Laberthonnière. Correspondance philosophiqueParis, Seuil, 1961.

  • Introduction à la métaphysique de Maurice Blondel, Paris, Seuil, 1963.

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