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La question de la Révélation

Étude biblique historique

Une étude comparative des différentes civilisations de l’Antiquité, opérée par des experts comme Mircéa Eilade, conduit à constater un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité : le petit peuple hébreu. A tel point que Tresmontant n’hésite pas à le qualifier de « mutant ».


De fait, ce peuple est le premier à abolir plusieurs abominations pour l’humanité : les
sacrifices humains à partir d’Abraham, et l’esclavage, par étapes, à partir du retour de l’exil à Babylone dans les années 500 avant Jésus-Christ.

De son côté, ce peuple revendique le fait d’avoir reçu une information de manière constante pendant plus de vingt siècles, par ceux qu’il nomme « les prophètes ».


Ce qui préoccupe Tresmontant est de savoir si le fait du prophétisme hébreu est vrai : est-ce que oui ou non l’information créatrice a été communiquée dans cette « zone germinale » de l’humanité qu’est le peuple Israël ?


Claude Tresmontant est le penseur de la confrontation au réel. Il nous aide à constater que cette méthode est la seule capable de nous permettre de discerner entre les vrais et les faux prophètes. Déjà pour les Hébreux, la question se posait (Jérémie 28). Déjà le Christ lui-même disait : « Si vous ne croyez pas mes paroles (ce qui est envisageable puisque tout le monde peut dire tout ce qu’il veut, tant qu’on ne peut pas vérifier) alors croyez du moins, à cause des actes, des signes que je fais (ces actes, quant à eux, sont vérifiables), (Jean 10).


De la même façon, nous pouvons comparer les différents récits de création du monde de toutes les civilisations dont les textes fondateurs sont arrivés jusqu’à nous et les confronter au réel. On constate très rapidement que les textes hébreux bibliques sont, de très loin, les plus proches du réel que nous connaissons aujourd’hui grâce aux travaux des sciences expérimentales.


Si on demande aux Hébreux comment ils ont fait pour être si proches du réel, ils vous répondront que c’est grâce à ces « souffleurs » que furent les prophètes pendant 2000 ans, entre Abraham et la chute du Temple en 70.


Un phénomène comme le prophétisme hébreu est devenu étudiable scientifiquement. On constate qu’il ne se trouve que dans cette région du monde. Tresmontant insiste sur l’ancrage historique de ce petit peuple nouveau qui commence avec Abraham quand il quitte la grande cité d’Ur au pays de Sumer, avec sa civilisation et ses normes anciennes, ses sacrifices humains sanglants, pour être la « cellule germinale d’un nouveau type d’humanité constitué par une nouvelle normative. » (« L’action », dans Problèmes de notre temps, p.135).

Dans cet esprit, Tresmontant s’indignait quand on traduisait « Torah » par « Loi » ; le mot reprenait le grec « nomos » alors qu’il fallait revenir à l’original hébraïque qui signifiait « Instruction » ou « Normative ».

 

La Révélation désigne bien la communication d'une connaissance qui met en forme une élection qui ne doit « pas être comprise comme un choix arbitraire, voire injuste, que Dieu aurait fait d'une nation parmi les autres, pour lui confier son message et lui assurer une suprématie temporelle. C'est là une caricature, et une méconnaissance radicale de l'élection du Peuple de Dieu. L'élection du peuple de Dieu est une création. » (La doctrine morale des prophètes d’Israël, Paris, Seuil, 1958, p.115.). De fait, le petit peuple hébreu reçoit de l’information de manière continue et concrète tout au long de son histoire : « La différence, décisive, entre le livre sacré d'Israël et les livres sacrés des religions du monde réside en ceci : le livre sacré d'Israël est le recueil d'actes et d'archives qui relatent une expérience historique opérée en plein jour, à ciel ouvert, à la face du monde. Ce n'est pas un livre qui prétend initier à des secrets transcendants au nom d'une Gnose invérifiable. C'est un livre d'expérience concrète, historique. Et cette expérience historique se continue... » (Essai sur la connaissance de Dieu, Paris, Cerf, 1959, p.143.) 


Il observe la pédagogie anthropologique et progressive de Dieu dont la Bible témoigne par la bouche de ses prophètes : « Le prophète est l'homme de l'Esprit. La parole de Dieu lui est adressée. Il dénonce le péché du peuple de Dieu, et découvre le dessein de Dieu. » (Ibid., p.181.)


L’existence du prophète incarne un dialogue entre Dieu et l’homme, une alliance constamment célébrée en dépit de la mise à mort du prophète qui va toujours à l’encontre des prévisions au point de surprendre son propre peuple : « Le prophétisme hébreu n'est pas issu du peuple auquel il s'adresse ; il n'est pas une production de ce peuple ; il n'est pas secrété par ce peuple comme le foie secrète la bile. Car s'il était une production de ce peuple hébreu, il ne rencontrerait pas de la part de ce peuple hébreu, comme d'ailleurs de l'humanité entière, de la vieille humanité dans son ensemble, une telle résistance, une résistance aussi violente. » (Le prophétisme hébreu, p.44.)

La doctrine morale des prophètes d’Israël constitue le cœur de l’anthropologie biblique que Tresmontant identifie à un humanisme intégral. Scandale pour les Grecs, la possibilité de la divinisation ici réclamée sollicite notre volonté et notre propre liberté en les amenant à sortir de la vieille humanité et de son goût prononcé pour les mises à mort.


Les prophètes, sans aucune exception, appellent de plus en plus clairement à sortir de la mentalité sacrificielle et enseignent la responsabilité de chacun, engageant directement notre liberté face à la montée grandissante de l’information créatrice en nous. Telles des stratifications, « les différentes législations que nous trouvons dans l'Exode, dans le Lévitique, dans les Nombres et dans le Deutéronome, attestent cette évolution de la conscience morale du peuple hébreu. » (La doctrine morale des prophètes d’Israël, p.96.) qui trouvera son accomplissement dans le Messie.

Pour aller plus loin :
  • La doctrine morale des prophètes d’Israël, Paris, Seuil, 1958.

  • Le problème de la Révélation, Paris, Seuil, 1969.

  • La mystique chrétienne et l’avenir de l’homme, Paris Seuil, 1977.

  • Le prophétisme hébreu, Paris, O.E.I.L., 1982.